Sèmè City : la cité qui veut garder les talents africains chez eux
Formation, recherche, entrepreneuriat : à Ouidah, le Bénin construit une cité de l’innovation pensée pour retenir ses talents et faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs « Made in Africa ».
Lancé en 2017, Sèmè City est l’un des 45 projets phares du programme d’investissement « Bénin Révélé », présenté par le gouvernement en décembre 2016. Conçue comme une ville intelligente dédiée à l’innovation et à l’économie du savoir, elle prend forme à Ouidah, sur un campus de 336 hectares — une superficie revue à la hausse par rapport aux 192 hectares initialement prévus — au sein d’un ensemble qui doit à terme couvrir 1 000 hectares répartis en quatre zones : universitaire, recherche, innovation et résidentielle.
Derrière l’ambition urbanistique, il y a un diagnostic sans complaisance. Chaque année, une part importante des meilleurs étudiants béninois part se former à l’étranger, et une majorité d’entre eux ne revient pas. Ce n’est pas d’abord une question de salaire : c’est une question d’écosystème — laboratoires, encadrement doctoral, financement de la recherche, débouchés industriels. Sèmè City est la tentative de reconstituer cet écosystème sur place plutôt que de déplorer la fuite des cerveaux.

L’ambition : 190 000 emplois et 30 000 étudiants
L’objectif affiché est de faire de Sèmè City un pôle régional d’excellence en enseignement supérieur, recherche et innovation pour l’Afrique subsaharienne, capable d’accueillir jusqu’à 30 000 étudiants et chercheurs autour de cinq clusters de formation, dont les filières scientifiques et techniques. Le projet vise la création de 190 000 emplois à l’horizon 2030, dont un tiers sous forme d’auto-emploi — une manière assumée de lutter contre la fuite des cerveaux qui touche de nombreux jeunes diplômés africains.
La mention de l’auto-emploi mérite d’être relevée. Elle signale que le projet n’attend pas d’une poignée de grandes entreprises qu’elles absorbent les diplômés, mais qu’il mise sur l’entrepreneuriat comme débouché principal. C’est cohérent avec la structure du marché du travail béninois, où le salariat formel reste minoritaire, mais cela suppose que la formation prépare réellement à entreprendre — et pas seulement à obtenir un diplôme.
Un acteur central de l’écosystème entrepreneurial
Pilotée par l’Agence de Développement de Sèmè City (ADSC), établissement public à part entière, la structure ne se limite pas à la recherche académique. Elle copilote, aux côtés de l’ADPME, plusieurs dispositifs clés de soutien aux jeunes entreprises : le programme RISE, mais aussi le récent processus de labellisation de quinze organisations d’appui à l’entrepreneuriat, doté d’une enveloppe de 1,49 million de dollars financée par la Banque mondiale (lire notre décryptage dédié).
En attendant l’achèvement complet du campus de Ouidah, Sèmè City opère déjà depuis plusieurs sites, dont le campus de démarrage « Sèmè One » à Cotonou. Ce point est important pour un entrepreneur : les programmes de Sèmè City ne sont pas des promesses conditionnées à la livraison d’un chantier, ils fonctionnent aujourd’hui, avec des cohortes, des appels à candidatures et des bénéficiaires identifiables.
Ce que Sèmè City peut concrètement vous apporter
Pour un porteur de projet, l’institution se présente sous trois angles distincts qu’il vaut mieux ne pas confondre. Comme lieu de formation d’abord, avec des cursus et des programmes courts orientés vers les compétences numériques, scientifiques et techniques. Comme opérateur de programmes d’accompagnement ensuite, via RISE et les dispositifs copilotés avec l’ADPME, qui s’adressent à des entreprises déjà constituées et sélectionnées sur dossier.
Comme tête de réseau enfin : la labellisation des quinze structures d’appui fait de Sèmè City le point de référence pour identifier un incubateur ou un fablab sérieux, où qu’il se situe sur le territoire. Pour un entrepreneur qui ne sait pas à quelle porte frapper, c’est probablement l’apport le plus immédiatement utile.
À retenir
À l’image de la Konza Technopolis kényane ou de la Kigali Innovation City rwandaise, Sèmè City s’appuie sur trois piliers : formation, entrepreneuriat et recherche scientifique. Un projet à suivre de près pour tout entrepreneur ou investisseur qui souhaite comprendre où se prépare la prochaine génération d’innovateurs béninois.
Les questions qui restent ouvertes
Les précédents kényan et rwandais invitent aussi à la prudence. Les cités technologiques africaines ont en commun des calendriers longs, des coûts d’infrastructure élevés et un décalage fréquent entre l’annonce et la livraison. Konza, lancée en 2013, a mis plus d’une décennie à voir sortir ses premiers bâtiments significatifs. Rien n’indique que Sèmè City échappera à cette physique des grands projets.
Deux indicateurs méritent d’être suivis dans les prochaines années, davantage que les hectares aménagés : le nombre de doctorants et de chercheurs effectivement installés — car c’est la recherche qui distingue un pôle d’innovation d’un parc immobilier — et le taux de survie à trois ans des entreprises passées par ses programmes. Ce sont ces deux chiffres, et non la superficie du campus, qui diront si le pari de retenir les talents est gagné.
Sources : Sèmè City, semecity.bj · Agence Ecofin · Programme « Bénin Révélé », gouvernement de la République du Bénin.
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