Elisée N. Ditcharé : bâtir l’Afrique depuis Abomey-Calavi
Entrepreneur, coach d’affaires, expert en Économie Sociale et Solidaire, co-fondateur de L’Envol : depuis plus de dix ans, Elisée Nèyaassi Ditcharé pose brique après brique les fondations d’un entrepreneuriat béninois plus structuré.
« Un diplôme n’est pas un aboutissement : c’est une étape qui ouvre sur de nouvelles responsabilités. »
Certaines personnes, quand on regarde leur parcours, laissent vite comprendre que rien de tout cela n’est arrivé par hasard. Elisée Nèyaassi Ditcharé fait partie de ces gens-là. Né le 23 avril à Copargo, une localité du nord du Bénin, il vit aujourd’hui à Abomey-Calavi avec son épouse Emeline Amoussou, qu’il a épousée en mai 2021. Discret, mais loin d’être inactif.
Le contraste entre Copargo, dans la Donga, et Abomey-Calavi, deuxième ville du pays et banlieue universitaire de Cotonou, dit quelque chose de sa trajectoire. Il n’a pas grandi au centre de l’écosystème entrepreneurial béninois ; il a mis dix ans à en devenir l’un des points d’ancrage. Cela s’entend dans sa manière de parler des porteurs de projets : sans surplomb, et avec une conscience aiguë du fait que la géographie décide encore, au Bénin, d’une bonne part des chances d’un jeune diplômé.

Un fil rouge depuis 2012
Depuis 2012, Elisée Ditcharé accompagne des jeunes, des étudiants, des porteurs de projets qui ont une idée mais ne savent pas toujours par où commencer. Entrepreneur, coach d’affaires et expert en Économie Sociale et Solidaire, il ne se contente pas de donner des conseils en salle : il est dans le concret. Coach et mentor chez BIO PLANET TMC Sarl, il figure également dans le répertoire d’experts de l’Organisation Internationale de la Francophonie sur les questions d’employabilité et d’entrepreneuriat.
L’Économie Sociale et Solidaire, dans laquelle il s’est spécialisé, n’est pas un supplément d’âme dans le contexte béninois : c’est un modèle d’organisation qui correspond à la réalité de milliers de coopératives agricoles, de groupements de transformatrices et de mutuelles d’épargne. Structurer ces organisations — gouvernance, comptabilité, répartition des excédents — produit souvent plus d’impact économique que d’accompagner une start-up isolée.
L’Envol, bien plus qu’un espace de coworking
Ce qui le résume peut-être le mieux, c’est L’Envol. Ce tiers-lieu, qu’il a co-fondé avec son épouse Émeline Amoussou à Abomey-Calavi, dépasse largement la simple définition d’un espace de coworking : c’est un endroit où des idées trouvent de quoi devenir des projets réels. Dans un pays où entreprendre reste un parcours du combattant, bâtir un tel outil demande une conviction solide.

Elisée Ditcharé y pilote également la phase d’incubation du projet CyberIncube, porté avec l’ASIN, l’ADPME et LuxDev. Le positionnement du lieu à Abomey-Calavi n’est pas anodin : la ville abrite la plus grande université du pays, donc le plus grand vivier de jeunes diplômés — et, historiquement, le plus grand réservoir de chômage qualifié. Installer un tiers-lieu là plutôt qu’au centre de Cotonou, c’est aller chercher les porteurs de projets là où ils sont.
Sciences Po Paris et la Mastercard Foundation
Fin mai 2026 — le 27 mai précisément —, il a obtenu son diplôme de l’Executive Master en Politiques et Management du Développement (programme POTAF) de Sciences Po Paris, grâce à une bourse de la Mastercard Foundation. Sur ses réseaux, il partageait cette nouvelle avec émotion, mais aussi avec lucidité, y voyant moins un aboutissement qu’une étape ouvrant sur de nouvelles responsabilités et un engagement renouvelé au service du développement et de l’impact positif en Afrique. Pas d’envolée lyrique. Juste les mots de quelqu’un qui sait ce qu’un diplôme engage vraiment.
Un engagement de longue date pour l’inclusion
Ancien président du Club UEMOA pour l’Intégration/Bénin, actuel président du Consortium Jeunesse Bénin et Secrétaire général du Réseau international de la Jeunesse de la Francophonie, il est aussi membre fondateur de Women In Tech Bénin et ancien vice-président de HeForShe : il n’a pas attendu que l’engagement pour les questions de genre dans le numérique devienne une tendance pour s’y investir. Il est également point focal Bénin et expert jeunesse du programme AEYA, l’Africa Europe Youth Academy.
Cette accumulation de mandats pourrait ressembler à de la dispersion. Elle raconte plutôt une méthode : occuper simultanément les positions associatives, institutionnelles et entrepreneuriales, parce que c’est à leur intersection que se décident les dispositifs qui comptent pour les jeunes entreprises. On retrouve la même logique dans ses années à la tête du Club UEMOA pour l’Intégration — une manière de rappeler que le marché pertinent pour une PME béninoise n’est pas de douze millions d’habitants, mais de plus de cent trente millions à l’échelle de l’union.
Portrait en bref
- Né le 23 avril à Copargo, dans la Donga
- Entrepreneur et coach d’affaires depuis 2012
- Co-fondateur de L’Envol, tiers-lieu d’Abomey-Calavi
- Pilote de la phase d’incubation de CyberIncube (ASIN, ADPME, LuxDev)
- Diplômé de l’Executive Master POTAF de Sciences Po Paris (mai 2026, bourse Mastercard Foundation)
- Ancien président du Club UEMOA pour l’Intégration/Bénin
- Président du Consortium Jeunesse Bénin
- Secrétaire général du Réseau international de la Jeunesse de la Francophonie
- Point focal Bénin et expert jeunesse du programme AEYA
- Membre fondateur de Women In Tech Bénin
Rien, dans ce parcours, ne ressemble à un CV gonflé pour impressionner. C’est le même homme, avec le même fil directeur, qui pose brique après brique depuis plus de dix ans. L’Envol figure d’ailleurs aujourd’hui parmi les quinze structures d’appui à l’entrepreneuriat labellisées par Sèmè City et l’ADPME (voir la liste complète) — une reconnaissance institutionnelle qui valide, après coup, un travail commencé bien avant que le label n’existe.
Son engagement dans la Francophonie l’amène, en novembre prochain, à co-porter la voix, les aspirations et les recommandations de la jeunesse francophone au XXe Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie, au Cambodge.
Et visiblement, Elisée Ditcharé n’a pas fini de nous surprendre.
Enquêtes économiques au Bénin et en Afrique de l’Ouest. Écrivez-nous : redaction@akeda.media
À lire ensuite
Les 15 structures labellisées par Sèmè City : la nouvelle carte de l’accompagnement entrepreneurial au Bénin
Pour la première fois en Afrique de l’Ouest, l’État béninois investit directement dans les structures qui accompagnent les entrepreneurs plutôt que dans…
Entreprendre au Bénin : sortir de l’informel, financer la croissance, structurer l’accompagnement
Plus de 80 % des unités économiques béninoises évoluent encore dans l’informel. Entre nouveaux dispositifs de financement et professionnalisation des incubateurs, l’État…
Créer son entreprise au Bénin : le guide express des formalités
En pleine croissance, le tissu entrepreneurial béninois s’appuie sur un guichet unique rodé et une plateforme en ligne. Voici, en pratique, comment…
Commentaires (0)
Modérés avant publication