Aimée Ogouma : structurer, valoriser, positionner les PME locales
Derrière chaque entreprise sociale béninoise qui perce sur son marché, il y a souvent un diagnostic, une méthode, un accompagnement de longue haleine. Aimée Ogouma en a fait son métier.
« Mon métier, c’est de structurer, donner de la valeur et positionner. »
Il existe, dans l’écosystème entrepreneurial béninois, un métier dont on parle peu et sans lequel presque rien ne tient : celui de l’accompagnement. Pas le discours de motivation, ni la formation d’une journée, mais le travail lent, technique et souvent ingrat qui consiste à ouvrir les comptes d’une entreprise, à comprendre pourquoi elle ne vend pas, puis à corriger. Aimée Ogouma exerce ce métier-là.
Elle le résume en trois verbes : « Mon métier, c’est de structurer, donner de la valeur et positionner. » Sa spécialité est la structuration des chaînes de valeur agroalimentaires et l’accès au marché. Elle aide des PME qui ont de bons produits mais peu de moyens à vendre là où les portes restent souvent fermées : grandes surfaces, commandes institutionnelles, marchés formels.
Dix ans sur le terrain, de l’Alibori au Littoral
Diplômée de l’Université africaine de développement coopératif (UADC), à Cotonou, Aimée Ogouma construit très tôt sa carrière à la croisée de l’entrepreneuriat et du développement durable. Sociétaire de SENS Bénin (Solidarités Entreprises Nord-Sud) depuis 2015, elle a contribué à l’accompagnement et au développement de nombreuses PME et de femmes rurales.
Avant de s’installer à Cotonou en 2020, elle a surtout travaillé avec les communautés à la base. Avec elles, elle a conçu des outils et des stratégies pour bâtir des entreprises pérennes, capables de contribuer au développement de leur localité. SENS Bénin, société coopérative de conseil créée en 2013 et spécialisée dans l’entrepreneuriat agricole et les chaînes de valeur agroalimentaires, dispose de trois antennes et intervient dans plusieurs départements : le Borgou, l’Alibori, les Collines, le Zou, l’Atlantique et le Littoral. Ces années lui ont donné une connaissance fine de l’écosystème et des réalités de ceux qui produisent, transforment et vendent.
Mark’Éthic : ouvrir les marchés formels aux PME locales
Depuis 2020, Aimée Ogouma travaille chez Mark’Éthic, une entreprise lancée par le groupe SENS. Elle y a redimensionné la stratégie et les offres, et a fait grandir la notoriété de la structure. Mark’Éthic se présente comme la seule entreprise du pays entièrement consacrée à l’accès au marché des PME locales. Elle agit sur trois leviers :
- le conseil marketing, avec l’offre M5 ;
- la distribution et la représentation de marques auprès des acheteurs ;
- la boutique-vitrine Le Local by Mark’Éthic, où les produits sont exposés et vendus.
Pour elle, ce poste prolonge sa mission et traduit son engagement : réduire la mortalité des PME béninoises et garantir un revenu durable aux producteurs qui les approvisionnent. Le moyen d’y parvenir, c’est l’accès aux marchés formels, institutionnels comme grande distribution. Ces débouchés restent souvent hors de portée des PME peu outillées, même quand leurs produits ont un fort potentiel.
Le métier, concrètement
Un diagnostic d’unité de transformation consiste à examiner l’hygiène et les bonnes pratiques de fabrication, la structure de coût réelle, la régularité des approvisionnements, la conformité de l’étiquetage et la capacité à honorer une commande de gros. Une entreprise qui échoue à vendre échoue rarement faute de clients. Le plus souvent, elle échoue parce qu’elle ne peut pas livrer la même qualité deux fois de suite.
Porter le « Consommons local » jusqu’aux décideurs
En 2022, Aimée Ogouma a lancé et conduit des campagnes nationales de promotion du « Consommons local ». Elles ne s’adressaient pas d’abord au grand public, mais à ceux qui décident des achats : préfectures, mairies et entreprises privées. Le choix est stratégique, car un marché public ou une commande d’entreprise peut faire vivre une PME pendant des mois, quand un achat isolé ne fait que l’encourager.
SENS Bénin, dont elle est sociétaire, figure parmi les quinze organisations d’appui à l’entrepreneuriat labellisées par Sèmè City et l’ADPME en septembre 2025. Le groupe recrute aussi une vingtaine de conseillers et de superviseurs pour le projet PADIAP (voir l’appel à candidatures). Le métier d’Aimée Ogouma est exactement celui que ces recrutements cherchent à démultiplier.
Une voix pour l’économie sociale et solidaire
Aimée Ogouma s’exprime régulièrement sur les enjeux de l’ESS au Bénin, notamment pendant le mois de l’économie sociale et solidaire, où une chaîne de télévision nationale l’a interviewée. Elle a aussi participé à des journées de co-construction organisées par SENS Bénin avec plusieurs structures d’accompagnement du pays (BougeLabs, Waxangari Labs, LABIS Porto-Novo, Citebio, Essor Agri) pour poser les bases d’un cadre plus structuré au service de l’ESS béninoise.
Son engagement dépasse le cadre professionnel. Elle est trésorière générale de SOS Civisme Bénin et, depuis dix-huit mois, vice-présidente de PROLOCAL.
Le chaînon oublié : la distribution
Pour Aimée Ogouma, le principal défi est politique. Il faut que l’État soutienne la professionnalisation de tous les acteurs de la chaîne, « en considérant les acteurs de distribution de produits locaux comme des chaînons stratégiques au même titre que le producteur et le transformateur ».
Les programmes publics financent volontiers la production et la transformation, mais beaucoup moins celles et ceux qui mettent le produit dans les rayons. Or un pot de karité ou un sachet de gari bien fabriqué ne rapporte rien tant qu’il n’a pas trouvé d’acheteur. C’est aussi le pari de l’État béninois quand il labellise des structures d’appui plutôt que de subventionner des entreprises isolées : miser sur un accompagnement qui porte plus loin qu’une aide directe (lire notre décryptage sur le financement de l’entrepreneuriat). Des professionnelles comme Aimée Ogouma sont ce qui permet à ce pari de réussir.
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