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Jean-Hugues Houinsou : l’architecte béninois qui répare les paiements africains

En à peine trois ans, ce natif de Cotonou a transformé une frustration personnelle en infrastructure panafricaine de paiement. À la tête de FeexPay, Jean-Hugues Houinsou incarne une génération d’entrepreneurs béninois qui construisent depuis le continent, sans détour par une grande école occidentale.

RA Rédaction Akèda 23 août 2026 · 9 min de lecture
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Jean-Hugues Houinsou, fondateur et directeur général de FeexPay
Jean-Hugues Houinsou, fondateur de FeexPay, première fintech béninoise agréée par la BCEAO.
1,5 M+
de transactions par mois en 2026
300+
entreprises accompagnées
Août 2025
première fintech béninoise agréée par la BCEAO
« Notre mission est simple : rendre les paiements plus fluides, plus sécurisés et plus accessibles. »

Né le 1er avril 1993 à Cotonou, Jean-Hugues Houinsou grandit dans un foyer où se croisent deux héritages : celui d’un père instituteur, attaché à la rigueur méthodique, et celui d’une mère commerçante, rodée à l’instinct du marché. Il effectue toute sa scolarité dans des établissements confessionnels, dans un Bénin des années 2000 où les métiers de la finance commencent tout juste à faire rêver une nouvelle génération.

Ces deux héritages se lisent encore dans l’entreprise qu’il dirige : une infrastructure technique exigeante, vendue à des commerçants qui n’ont ni le temps ni le goût de la technique.

De la banque au numérique

Après un premier cursus en gestion des banques et marchés financiers, il obtient un master en management des organisations, spécialisé en banque et marchés financiers, à l’École Nationale d’Économie Appliquée et de Management du Bénin. Son premier stage le mène au centre d’affaires d’une banque locale, puis une campagne de recrutement l’envoie à Parakou, loin de la capitale, où il affine sa lecture du terrain économique béninois.

Le tournant survient presque par hasard. En naviguant sur les réseaux sociaux, il tombe sur une offre de formateurs pour le programme Google Digital Skills. Il postule, rencontre Vanessa Bambara, partenaire de Google — et bascule vers le numérique. Entre 2018 et 2020, il gravit les échelons du programme : gestionnaire de projet, puis formateur, puis leader des formateurs pour le Bénin. Il devient également co-leader du Google Business Group de Cotonou, et complète ce socle par plusieurs certifications — méthodologie Scrum de l’University System of Maryland, leadership et art de la persuasion de la Harvard Business School, marketing numérique chez Google.

Premiers pas entrepreneuriaux

En 2018, il fonde JH Trading, d’où émerge La Vedette Média, une agence spécialisée dans le marketing sur les réseaux sociaux, la publicité sur les moteurs de recherche et le développement de sites web. L’année suivante, il intègre la cohorte 2019 du programme de la Fondation Tony Elumelu, qui lui donne accès à un financement d’amorçage, à un mentorat et à un réseau panafricain d’entrepreneurs.

FeexPay, ou l’obsession de réparer un problème structurel

À travers La Vedette, Jean-Hugues Houinsou observe année après année le même obstacle chez ses clients entrepreneurs : malgré la digitalisation croissante, encaisser de l’argent en ligne reste complexe, fragmenté et coûteux. Cette frustration accumulée donne naissance à FeexPay, lancé le 10 mai 2023. Le nom résume le programme : « Fix » pour corriger les dysfonctionnements des paiements, « Pay » pour en démocratiser l’accès.

L’agrégateur de paiement mobile propose quatre fonctionnalités complémentaires : FeexLink pour générer des liens de paiement, FeexCorporate pour effectuer plusieurs paiements simultanément — salaires, fournisseurs —, FeexMarket pour créer une boutique en ligne, et FeexPage pour personnaliser les pages de paiement. Dès février 2024, FeexPay s’étend au Burkina Faso, au Togo, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. L’entreprise installe ensuite son siège social à Abidjan, devenu un hub fintech régional, tout en restant revendiquée comme une fintech d’origine béninoise, avec une présence étendue jusqu’au Congo-Brazzaville et en République démocratique du Congo.

Ce que change un agrégateur de paiement

Avant, un commerçant qui voulait encaisser en ligne devait négocier séparément avec chaque opérateur de mobile money, chacun avec son contrat, sa technique et ses délais de reversement. Un agrégateur fait ce travail une fois pour toutes et n’expose au marchand qu’un seul point d’entrée. C’est peu spectaculaire, et c’est ce qui manquait pour que le commerce en ligne devienne possible à l’échelle d’une PME.

L’agrément BCEAO, une bascule réglementaire

Le 29 août 2025, FeexPay obtient l’agrément d’établissement de paiement délivré par la BCEAO — une première pour une fintech béninoise, et un gage de conformité aux exigences réglementaires strictes de l’espace UEMOA.

Cet agrément mérite d’être compris pour ce qu’il est : il fait passer l’entreprise du statut de prestataire technique à celui d’acteur financier régulé, avec les obligations de fonds propres, de lutte anti-blanchiment et de contrôle interne qui vont avec. C’est coûteux, c’est long — et c’est ce qui permet de traiter avec des banques et des institutions plutôt qu’avec les seuls petits marchands.

En 2026, trois ans à peine après son lancement, l’entreprise revendique plus d’1,5 million de transactions mensuelles et plus de 300 entreprises accompagnées. En mars 2026, elle lance FeexPay Business, une application gratuite qui permet aux commerçants d’encaisser via un QR code sécurisé — une alternative aux terminaux de paiement électronique, coûteux et encore peu répandus sur le continent.

Une vision panafricaine de l’inclusion financière

Jean-Hugues Houinsou revendique une ambition qui dépasse la seule agrégation de paiements : bâtir une infrastructure numérique panafricaine au service de la transformation économique du continent. Sur les réseaux sociaux, il insiste régulièrement sur l’ancrage de long terme de son entreprise, affirmant que FeexPay n’est pas une startup qui cherche une sortie, mais un édifice construit pour durer, pays après pays.

Ancien formateur devenu chef d’entreprise, sans passage par une grande école occidentale, il représente un profil encore rare dans l’écosystème fintech africain : celui d’un entrepreneur formé et enraciné sur le continent, qui a bâti sa trajectoire par étapes — de la salle de classe numérique à la salle des marchés — plutôt que par un retour de la diaspora. Un contre-exemple utile, dans un secteur où la légitimité passe encore trop souvent par un diplôme étranger (lire notre article sur la diaspora et l’investissement).

Divulgation

FeexPay est la passerelle de paiement retenue par Akèda Média pour ses propres encaissements. Ce portrait relève du travail de la rédaction et n’a fait l’objet d’aucune contrepartie ; nous le signalons par souci de transparence.

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RA
Rédaction Akèda

Enquêtes économiques au Bénin et en Afrique de l’Ouest. Écrivez-nous : redaction@akeda.media

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